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Ce texte est issu d’un travail de réflexion mené avec des étudiants de l’IUFM de Bourg en Bresse, jeunes professeurs de Lettres de Collèges et Lycées.
Il s’agissait de réfléchir à la problématique de l’adaptation. Plutôt que de travailler sur une seule œuvre, l’idée était de prendre les premières lignes de romans et de voir ce quelles questions posait la transcription en images de ces textes célèbres. D’ailleurs, ces romans, comme presque toutes les grandes œuvres du patrimoine ont été portées à l’écran.
Ajoutons que ce travail n’est que l’ébauche d’une réflexion sur les rapports complexes qu’entretiennent cinéma et littérature. Il convient de prolonger le travail par la lecture de deux ouvrages fondamentaux :
* Récit écrit – récit filmique de F. Vanoye (Nathan Université)
* Littérature et cinéma de Jeanne-Marie Clerc (Nathan Université)
Le début du roman
La magnificence et la galanterie n’ont jamais paru en France avec tant d’éclat que dans les dernières années du règne d’Henri second. Ce prince était galant, bien fait et amoureux ; quoique sa passion pour Diane de Poitiers, Duchesse de Valentinois, eût commencé il y avait plus de vingt ans, elle n’en était pas moins violente, et il n’en donnait pas des témoignages moins éclatants.
Commentaire
Avec ce classique du roman français, se posent plusieurs problèmes. 1ère phrase : le contexte historique est posé fortement et suggère un film en costumes, ce qui suppose un budget conséquent. Bien sûr la transposition à l’époque actuelle est possible mais le décalage temporel (Mme de La Fayette publie la Princesse de Clèves en 1678, soit plus d’un siècle après l’époque à la quelle elle situe son roman, Henri II étant mort en 1559) marque une volonté de distanciation, et permet une idéalisation d’un passé révolu. Il semble donc nécessaire de conserver cet aspect du roman de Mme de La Fayette. Et si l’éclat et la magnificence passent par le luxe des costumes et des lieux, la galanterie si fort vantée par l’auteur sera plus difficile à faire sentir au spectateur et devra être une des constantes du scénario. Signalons aussi que la « galanterie », entendue ici en son sens de l’âge classique, ne se borne pas à céder le pas aux dames au passage d’une porte. 2ème phrase : Le personnage du roi pose la question de la distribution (du « casting » si on veut faire moderne). Il faudra un acteur d’âge mûr, mais séduisant sans être « vieux beau ». Même problème avec sa maîtresse. Autre souci : celui toujours délicat de la temporalité. Une image peut difficilement montrer un personnage et le comparer à celui qu’il était vingt ans plus tôt. Difficulté renforcée par la litote (sa passion n’était pas « moins violente » qu’à ses débuts).
Le début du roman
Comment s’étaient-ils rencontrés ? Par hasard, comme tout le monde. Comment s’appelaient-ils ? Que vous importe ? D’où venaient-ils ? Du lieu le plus prochain. Où allaient-ils ? Est-ce que l’on sait où l’on va ? Que disaient-ils ? Le maître ne disait rien ; et Jacques disait que son capitaine disait que tout ce qui nous arrive de bien et de mal ici-bas était écrit là-haut.
Commentaire
Le texte de Diderot constitue un entrée en matière très originale, tant par l’adresse insolente au lecteur que par la désinvolture des réponses. L’adaptation pose divers problèmes dont celui de l’énonciation (que vous importe peut-il être traduit par un regard-caméra ?) Sans doute une voix off s’impose-t-elle ici, ne serait-ce que pour conserver le rythme des questions et les sonorités. On pourrait donc imaginer un jeu sur le son in et le son off. Le décor est indéterminé. Quant aux personnages, on ne possède sur eux que des informations fragmentaires : un prénom, un grade militaire et une relation (maître-serviteur ou maître-esclave ?) On notera enfin la difficulté de traduire visuellement le côté suranné du style, mais une transposition est envisageable en utilisant des effets abandonnés par le cinéma actuel : fermeture à l’iris par exemple.
Le début du roman
Le 15 mai 1796, le général Bonaparte fit son entrée dans Milan à la tête de cette jeune armée qui venait de passer le pont de Lodi, et d’apprendre au monde qu’après tant de siècles César et Alexandre avaient un successeur.
Commentaire
Ce début pose la question du romancier omniscient (c’est le point de vue de Dieu que choisit l’auteur) et c’est pourquoi, dans cette phrase, Stendhal brasse ici plusieurs temps : une date précise qui semble le point de départ du récit (15 mai 1796), un événement récent par rapport à cette date (la bataille de Lodi), un passé lointain (César, Alexandre). Un générique avec des images anciennes en fondu enchaîné pourrait faire l’affaire y compris l’entrée dans Milan, puisque l’action de la Chartreuse ne fait de Bonaparte un personnage important. Notons aussi la difficulté que représente l’adjectif jeune dans « jeune armée ».
Le début du roman
Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix kilomètres de pavé coupant tout droit, à travers les champs de betteraves.
Commentaire
Le naturalisme a été très adapté au cinéma. On voit pourquoi : réalisme, aspect visuel. Zola contemporain du cinéma. Mais il y a cependant la difficulté à montrer le noir profond (l’image a besoin de lumière), dix kilomètres (c’est beaucoup pour un cadrage). Quant aux phrases négatives (sans étoiles), elles constituent des impossibilités de l’image (le spectateur voit ce qu’on lui montre, pas ce qui est absent de l’image) Enfin, les temps du passé n’ont pas d’équivalent cinématographique. L’image filmique est toujours au présent.
Le début du roman
Enlève donc tes lunettes, dit Tortose à Pierrot, enlève donc tes lunettes, si tu veux avoir la gueule de l’emploi.
Pierrot obéit et les rangea soigneusement dans leur étui. Il voyait encore à peu près à cinq mètres devant lui mais la sortie du tonneau et les chaises des spectateurs se perdaient dans le brouillard.
Commentaire
Queneau s’intéressait au cinéma. Ses romans montrent des séances de cinéma (Un rude hiver) et Queneau a écrit divers textes sur le cinéma. Son style lui-même est influencé par le cinéma. Et pourtant peu d’adaptations des romans de Queneau et ce n’est pas étonnant, car Queneau dynamite le langage littéraire (cf. Oulipo) Une exception : Zazie dans le métro, texte auquel Louis Malle s’est attaqué avec succès. Ces quelques lignes sont d’une adaptation aisée. Tout d’abord on trouve dans ce texte un élément qui est toujours en quantité insuffisante dans un roman : le dialogue. Pas d’adaptation sans dialoguiste. De plus le texte suggère des cadrages (plans serrés) et des raccords (raccord sur le regard) par exemple)
L’ADAPTATION DES TEXTES LITTERAIRES
UNE ADAPTATION : KES
ADAPTATION / L’Espoir d’André Malraux
LES LIAISONS DANGEREUSES : deux adaptations
MISE EN ABYME : le cinéma dans le cinéma
LE MONTAGE AU CINEMA
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